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N° 001 - Je lis pour voyager et me faire des amis

Quand tu lis, tu voyages sans bouger. Ton livre te fait visiter différents pays, réels ou imaginaires. Tu y croises des personnages au fil des pages. Certains sont comme toi, mais d’autres sont différents et tu veux les connaitre.

Je commençais à lire dès mon plus jeune âge. A sept ans, la lecture était pour moi non seulement une priorité mais aussi une obligation. Une priorité quand je voulais fuir les travaux domestiques, surtout la vaisselle. J’avais toujours en main un livre, soit je regardais les images ou je discutais avec ma meilleure amie, « Martine », quand elle est : ‘’à la mer’’, ‘’à la campagne’’ etc…A cette époque, la bibliothèque de l’école avait toute la collection.

Je me souviens un jour, dans le sac de ma tante adorée, Marceline, j’ai vu un bouquin. Sur la première de couverture, je pouvais remarquer la tête d’une adolescente pâle, avec beaucoup de tristesse sur un visage rempli d’acnés. Le titre était peut-être : « J’ai mal au cœur », je ne m’en souviens pas trop… Je n’ai pas fait attention à cette jeune fille, parce que ce n’était pas Martine. J’ai vite laissé tomber. C’est jusqu’en 2012 que j’ai compris que c’était un titre de l’un de mes amis d’origine Juive Polonaise, Martin Gray.

J’ai tellement aimé Martine que j’ai eu envie de tout savoir sur elle, de connaitre tout les lieux où Martine allait, en passant surtout par la mer. Car la maison où j’habitais, était très éloignée du chant des vagues.

Je reviens au fait que lire était pour moi une obligation. Ma maman m’obligeait toujours à lire la Bible, et à apprendre les histoires bibliques. C’est elle qui m’a donné ce goût, cette envie même de la lecture. Tous les soirs, elle me racontait une histoire: le petit Moise, le courageux Samson, l’histoire de Rébecca, la fille de Laban, dans le livre de la genèse, au chapitre 24… Et, aussi longtemps que je me souvienne, les histoires de maman avaient toujours une référence biblique, liées à un verset à méditer, que je dois apprendre par cœur dans la soirée à la dévotion familiale et ensuite réciter, sans faute quand les occasions se présentent. Elle m’a appris à bien prononcer les mots, à me souvenir des images, des leçons. Je maitrisais bien l’apprentissage.

Mon père, lui, me parlait souvent d’une de ses sœurs qui vivait au Canada, à qui il écrivait des lettres, envoyait des paquets d’épices locales, des cassettes sur lesquelles chacun devait dire quelque chose. Une prière, des salutations. Je me souviens de mes salutations, toujours les même : « Salut ma tante ! Comment tu vas ? Et les autres ?». Un jour, j’ai demandé à mon papa s’il connaissait le Canada. Sa réponse était –non, ma fille ! Et moi, j’avais le besoin, une envie, un appétit qui me poussait à vouloir visiter ce pays où habitait ma tante. J’ai entamé des démarches personnelles et j’ai fini par comprendre que c’était impossible d’y aller. Sans les planifications qu’à l’époque je ne pouvais prévoir, petite fille que j’étais, c’était perdu d’avance. Alors j’étais là, triste comme une nuit blême et sans étoile. Je me posais cette question : « comment faire pour aller visiter le Canada, le pays de ma tante? ».

Le lendemain vers les dix heures, comme d’habitude, tout le monde se trouvait sur la cour de recréation. Et moi fidèle à l’idée d’aller voir le pays de ma tante, j’ai pris la direction de la bibliothèque de l’école. J’ai commencé à chercher. Je cherchais partout pour voir si je pouvais trouver une façon de m’y rendre. Et puis, je suis tombée sur ce titre : Le Canada. Toute une collection qui parlait principalement du Canada, et d’autres pays de l’Amérique. Cette découverte a fait revenir ma joie comme par magie. Je voyais mon rêve en cours de réalisation. Arrivée à la maison, très heureuse, suspect, mon trésor dans mon sac. Sourire aux lèvres, j’ai commencé à lire, donc à voyager. J’ai parcouru mers et villes. J’ai vu comment se présentait l’architecture du Québec. J’ai remarqué que la couleur des gens était différente de ceux de mon pays. Il y avait certains qui parlaient anglais et d’autres qui s’exprimaient plutôt en français. Les gens s’habillaient différemment de nous. C’était l’hiver. Le froid était insupportable. Il neigeait beaucoup. Ça doit être amusant, quand il neige comme ça. Mon voyage était aussi merveilleux que long. C’était mon premier voyage en terre étrangère. Du coup, j’ai fini par comprendre que, la seule façon de visiter un pays, sans se déplacer, c’était dans les livres.

Quelques années plus tard, à la fin de mes études secondaires, j’avais des difficultés à intégrer l’université. Cela me préoccupait tellement que j’étais un peu abattue. J’étais carrément déprimée, amaigrie. Mon cousin Higgins D’Haïti, dans sa clairvoyance, s’est rendu compte de mon mal-être, de la dégradation de mon état physique. Alors pour me sauver, il m’a prêté un ouvrage. Et vite fait, c’était un coup de cœur ! Un Jean Guy Le Bœuf. Auteur canadien de livres de développement personnel. Mon coup de cœur était titré : «Arrêtez d’avoir peur et croyez au succès ». Il était devenu un complice réconfortant pour moi. Nous nous parlions, nous discutions nuits et jours. Il est devenu mon deuxième ami après Martine.

Je continuais à me faire de nouveaux amis; à voyager dans d’autres pays, sur de nouveaux continents. Le souci d’aller en Afrique m’était rédempteur, puisque j’ai eu un ami poète, un sénégalais qui s’appelait Léopold Sédar Senghor.

La liste de mes amis augmentait au fur et à mesure que je lisais. Sans trop tarder, arrivaient Aimé Césaire de la Martinique, Amadou Hampathé Bâ du Mali, le brésilien, Paolo Coello, Gabriel Garcia Marquez de la Colombie, Voltaire, Simone entre autres de l’Hexagone.

Un jour, arrivée chez un ami, il m’a parlé de quelqu’un qui lui était proche. C’était un Haïtien, et il savait qu’à l’époque je ne m’intéressais pas aux écrits d’auteurs de la littérature haïtienne. Il m’a dit : «tu vas l’aimer Becky ». Il m’appelait comme ça. J’insistais pour demander de qui il s’agissait exactement. Pourtant, je n’ai même pas regardé le titre. Pour être honnête, cela ne m’intéressais pas.

Quelque jour plus tard, Je devais me rendre aux Gonaïves pour passer le concours de la faculté des Droits et des Sciences Economiques. Dans un taptap, près du chauffeur, j’ai sorti mon livre, (le livre que proposait mon ami) vu que j’avais l’habitude de lire partout ou j’étais : à la plage, a table même si c’était interdit par ma mère, dans la cuisine etc. C’est à ce moment que je me suis amourachée de cet auteur. En lisant ses écrits limpides, mon cœur battait à un rythme incontrôlable. Alors que je sillonnais sa petite ville natale, dans les bribes qu’il rapporte de son enfance, de son brulant premier amour, Vava, de son chien Marquis, je respirais avec lui l’odeur du café de Grand-Mère Da. Vieux os est devenu mon premier ami haïtien. Après l’odeur du café, j’ai lu l’énigme du retour (un homme qui retournait sur les lieux de sa naissance, en Haïti pour enterrer son père. Le pays qu’il découvre n’est pas celui de ses souvenirs). Je consultais à peu près tout les titres de Dany Laferiere. J’étendais mon aventure sur les autres écrivains haïtiens, après avoir lu d’autres Danny, j’ai aimé la belle amour humaine de Lyonel Trouillot, compère générale soleil (Jacques Stephene Alexis), mes chers petites ombres de (Jean Euphele Milcé)…

Et depuis, je suis atteinte par le syndrome et du doux plaisir de la lecture. Je n’ai jamais manqué une occasion de recommencer.

Rebecca Séjour

@moijelis

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