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N° 004 - Je lis pour me découvrir

Cherlie Rivage / Crédit photo: Coutechève Lavoie Aupont

Les livres ne se sont pas venus à moi. Je suis allée vers les livres. Tardivement !

Au temps de mon enfance, il y a eu tout dans mon environnement immédiat, hormis les livres. Elevée par une grand-mère qui ne savait pas lire, mon histoire ne saurait être différente. J’ai vécu dans l’absence des livres. Quand je laissais ma ville natale pour boucler mes études secondaires à Port-au-Prince, granma n’a pas cessé de me dire: « Lavi se yon liv, fò w konn li pou paj yo pa chire nan men w ». Avec cette envie de lire entre les lignes de la vie qu’elle m’ingurgitait, le reflexe du livre prenait corps en moi timidement.

Les premiers livres que j’ai eus à découvrir fut ceux qui parlaient du développement personnel. Un ami que j’ai rencontré en 2010, dans un bus à Pétion ville, tenait dans sa main un ouvrage qui s’intitule : Réfléchissez et devenir riche de Napoléon Hill. Futilement, j’ai jeté un coup d’œil sur le titre. Ce geste m’a favorisé un ticket d’entrée dans ce nouveau monde. Tout de go, l’ami m’a tendu un bout de papier sur lequel je pouvais lire : « Réfléchissez et devenir riche et L’homme le plus riche de Babylone ; Napoléon Hill ».Tu dois les acheter me lança-t-il avec un regard acéré comme un rasoir. J’ai attendu la fin du mois pour chercher ces deux titres, mais malheureusement je n’ai trouvé qu’un seul disponible à la librairie La Pléiade : ‘’L’homme le plus riche de Babylone’’. Et depuis je suis fascinée par cette catégorie. Mes lectures ne se résumaient qu’à ces titres : On n’a rien pour rien, le pouvoir de votre subconscient, la pensée invincible, le secret, etc…

J’ai toujours aimé m’acheter des livres : des romans, des nouvelles, des recueils de poèmes et des essais. Sans pour autant les lire. J’avais plus d’une cinquantaine de titres empiler dans tous les recoins de la maison de ma tante, avec qui je vivais, sans personne pour s’entretenir avec eux. Ils étaient complètement esseulés. Je me demandais, parfois, s’ils ne se sentaient pas fatigué de mon mépris et de celui de mes cousins et cousines au point de s’en aller un jour. Mais hélas ! Le livre, ce capital culturel, ne pouvait nous parler que si on leur accordait de l’attention.

À la Faculté de Linguistique Appliquée, avec des amis, on discutait constamment de livres. Moi, tout ce que je pouvais dire c’est : « J’ai ce texte. J’ai celui-là aussi. » Il m’arrivait même de donner certains détails sur le prix et l’endroit où je les ai achetés. Sur mon téléphone s’étalait les coordonnées de plus d’une dizaine de bouquiniste de la capitale. Cependant, je ne pouvais pas parler de leur contenu. Je les achetais, mais je ne les lisais pas. Cela me limitait dans les discussions. C’était frustrant. C’est à partir de ce moment que l’envie de lire allait prendre sa place dans mon quotidien.

Toutefois, ma passion pour la lecture naîtra, définitivement, un jour, lorsque l’un de mes amis de la fac m’a parlé de L’étranger d’Albert Camus. Après qu’il eut fini de m’en parler, je suis rentrée chez moi avec la détermination de lire le texte. Et depuis je suis tombée dans cette complicité égocentrique. Chaque nouvelle lecture est pour moi un subterfuge au refus du non être et la possibilité de côtoyer de nouveaux écrivains et de nouveaux ouvrages. Franck Etienne n’a pas eu tort de dire : « quand on ouvre un livre l’univers se découvre. »

Moi, je lis pour me découvrir. En lisant, je me perds dans cette forme dialogique du discours des personnages. Les personnages me parlent. Certains me ressemblent et d’autres pas. Par la lecture je me voue à la quête de l’autre, à la survivance de l’altérité, en tant que miroir de mon être. À travers les livres, je découvre les autres pour mieux me découvrir, moi-même. Certains auteurs continuent à nourrir ma joie, mon désir et ma folie de poursuivre dans cette démarche intense qu’est la lecture. Pour m’inciter à la lecture, la voix de certains résonne continuellement dans ma tête, comme :

Francis Bacon : « Il y a des livres dont il faut seulement goûter, d’autres qu’il faut dévorer, d’autres qu’il faut mâcher et digérer. »

Georges Duhamel : « Quand nous lisons, nous choisissons la substance de notre âme. »

Henri Bergson : « La lecture est un véritable travail de divination. »

Pétrarque : « Les livres nous charment jusqu’à la moelle, nous parlent, nous donnent des conseils et sont uni à nous par une sorte de familiarité vivante et harmonieuse. »

Stendhal : « C’est un magasin de bonheur toujours sûr et que les hommes ne peuvent nous ravir. »

Je lis pour me découvrir. Je lis pour ne plus mourir. Car le livre à cette signifiance de vie que nul ne s’aurait ignorer.

Cherlie Rivage

@moijelis

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