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N° 002 - Je lis pour nourrir ma folie

Monté de toutes pièces (de théâtre), de poésie, de discours philosophique ou politique ; mon univers est un défilé de mots qui vivifient mes émotions, mes sentiments et mon intellect.

Ma tendre enfance n’a été que rêves et folie. Progressivement, à pas courts mais sures, au prix des flagellations du temps, j’ai acquis cette maturité qui grandit encore et toujours avec mes rêves et ma folie. Tout petit prétexte est assez significatif, valable pour aiguiser mon besoin d’alimenter mon imaginaire du souffle de ces dieux qui savent transmettre des morceaux de vies, par la magie de leur encre charitable. Et je ne me fatigue jamais de lire. Je n’oublierai jamais ces fois où quelques maigres lignes ont suffi à sécher sur mes joues des larmes obstinées, éclaircir des idées pêle-mêle, brouillées ou ramener une joie récalcitrante. Ces fois où j’ai volé des rires, puisé de l’espoir, extirpé de la lumière une flamme assez pure, suffisamment forte pour laver le monde de son hideur.

Ma conscience féministe s’est réveillée avec Simone de Beauvoir. Dans ‘’le deuxième sexe’’, elle m’a fait comprendre que mon destin ne dépendait nullement de mon utérus mais de ma volonté et de mes attachements à mes objectifs. Elle m’a ouvert les yeux et m’a, du coup, permis d’appréhender ce que c’est que la liberté et ce qu’elle vaut vraiment. De comprendre que moi seule suis responsable de définir ce qui m’est permis, interdit et obligatoire tout en gardant vivant mon sens de l’humanité. J’ai développé un certain réflexe à combattre tout ce qui pourrait me mettre dans une condition de soumission et à me défaire des situations qui entraveraient ma liberté, cette douce campagne de vie. « On ne naît pas femme ; on le devient » est peut-être la citation la plus célèbre de cette œuvre, mais celle qui m’a le plus marquée est la suivante : « C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète ». Cette phrase reste une parole déterminante dans mes choix de vie. La philosophie de Simone, l’intellectuelle française du 20e siècle, un des personnages les plus influents de son époque, est devenue ma philosophie. Elle a aussi dit que : « Vouloir être libre, c’est aussi vouloir les autres libres ». J’ai cherché ma liberté dans celles des autres. Pour la trouver, j’ai cherché à l’obtenir pour les autres. Travailler. Faire que les autres existent par rapport à moi et non l’inverse. Chercher. Me chercher. Me retrouver dans mes rêves et ma folie. C’était ma priorité. Alors je lisais encore. Et encore. Pour moi. Pour les autres. Pour mes rêves. Pour ma folie qui est en fait, ce sentiment qui nous porte à vivre dans un fait de nos idéaux, tout en luttant pour que le monde réel à le ressembler.

Cet amour que j’ai cultivé pour la liberté, cette douce et raisonnable folie, grâce à cette grande figure du mouvement des femmes m’a orientée vers les arts, paramètres de transcendance. Les disciplines artistiques et les activités littéraires sont, dans certaines mesures, des moyens de l’obtenir ; dans d’autres c’est l’inverse, aucune pratique artistique n’est possible sans un certain niveau de liberté. Dans tous les cas, la liberté est un dénominateur commun des projets artistiques. Que ce soit pour avoir la liberté de s’exprimer, de se réinventer, de créer son monde ou d’être fou. Que ce soit pour disposer d’une entière autonomie de créer son œuvre. L’art-travail-création est liberté, depuis le bourgeonnement de l’idée jusqu’à sa matérialisation en œuvre accomplie. Et je l’ai compris. Je l’ai vécu. Dans mes rêves et dans ma folie.

Le vivre implique une certaine disposition. Une disposition qui dépend en grande partie de notre personnalité. Une personnalité forte, déterminée, confiante. Parfois, il nous faut la construire, cette part de nous indispensable à cette mode de vie. Le plus souvent, ce n’est possible qu’avec l’inspiration d’un modèle. Dans mon cas, c’est Marguerite Johnson, plus connu sous le nom Maya Angelou qui m’a aidée. De ses poèmes, j’ai puisé et ingurgité toutes les autres qualités nécessaires pour mener ma vie de femme libre. La confiance principalement :

Vous pouvez me rabaisser pour l’histoire Avec vos mensonges amers et tordus, Vous pouvez me traîner dans la boue Mais comme la poussière, je m’élève pourtant,

La chute ne me faisait pas peur. Je savais que l’on ne pouvait pas s’autoproclamé invincible face au temps. Même si on le faisait, cela ne signifie pas que ce serait forcément une vérité. Par contre, je croyais dur comme fer, qu’on pouvait s’armer de force et de courage pour toujours se relever après qu’une déception nous ait saisi face contre sol. Cela ne viendra pas sans la confiance. La confiance en soi n’est pas une sécrétion que nos entrailles extériorisent. Elle ne nous vient pas naturellement. Travailler. Chercher. Il faut chercher au plus profond de soi pour savoir qui on est. Se (re)définir au détriment même des normes. Pourquoi être normal, quand on peut être exceptionnel. Travailler. Trouver ce qui nous rend exceptionnel.

Les jolies femmes se demandent quel est mon secret

Je ne suis pas mignonne et n’ai pas une stature de mannequin,

Mais quand je commence à leur dire, elles pensent que je mens.

Je dis,

C’est dans la portée de mes bras, la largeur de mes hanches,

La foulée de mon pas, la courbe de mes lèvres.

Je suis une femme,

phénoménalement.²

Une femme phénoménale,

C’est moi.

Les hommes eux-mêmes se demandent ce qu’ils voient en moi.

Ils font tant et tant, mais ils ne peuvent toucher

Le mystère qui m’habite.

Quand je tente de leur montrer, ils me disent ne rien voir.

Je dis,

C’est dans la cambrure de mon dos, le soleil de mon sourire,

Le tour de mes seins, la grâce de mon style.

Je suis une femme,

Phénoménalement.

Une femme phénoménale,

C’est moi.

Maintenant vous voyez bien pourquoi je ne courbe pas la tête.

Je n’ai pas à crier, cabrioler ou parler fort.

Quand vous me voyez passer, vous pouvez être fières.

Je dis,

c’est dans le claquement de mes talons, le pli de mes cheveux,

la paume de ma main, le besoin de mes soins.

Parce que je suis une femme

Phénoménalement.

Une femme phénoménale,

C’est moi.

Personne exceptionnelle que l’on est, ne peut se résigner à vivre sous aucun joug, quel que soit sa nature. La personne spéciale que l’on est ne peut accepter un monde qui répand des valeurs qui restreignent la liberté des autres, donc la nôtre. On défend sa folie ; car, même l’oiseau en cage chante la liberté.

L'oiseau en cage chante d'un tremblement peureux des choses inconnues et son air est entendu Sur la colline éloignée pendant que l'oiseau en cage Chante la liberté L'oiseau libre pense à une autre brise et aux doux vents à travers arbres soupirants et aux gros vers qui servant pelouse à l'aube Et il nomme le ciel le sien. Mais l'oiseau en cage chante d'un tremblement peureux des choses inconnues et son air est entendu Sur la colline éloignée pendant que l'oiseau en cage Chante la liberté

Darline Gilles (Manzè Da)

@moijelis

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