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N° 006 - Je lis pour affronter les dégoûts de la vie

Aljany N. Zephirin

Montesquieu l’a si bien dit : « L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Maintenant qu’il me faut parler des bienfaits de la lecture dans ma vie, je ne trouve aucune phrase plus forte que celle-là. La lecture a toujours été au centre de mon existence. Néanmoins, je n’ai pas toujours aimé lire.

J’étais encore enfant quand mes parents m’obligeaient à faire de la lecture un passe-temps. Je ne comprenais pas. Je les trouvais emmerdants, car ils me privaient de mes heures libres. Il fallait toujours que j’aie un livre en main. Même quand nous partions en vacances chez nos grands-parents, mes sœurs et moi, ils tenaient toujours à ce que l’on ait des livres dans nos mallettes. Mes parents sont enseignants. Ils ont investi plus de trente années de leur vie dans le domaine de l’éducation, et ils continuent encore à former des enfants. Vous comprenez donc pourquoi, ils étaient si tenaces, pourquoi ils m’exhortaient à lire aussi souvent. J’ai détesté mon père pendant mon enfance parce que je ne comprenais pas cette obsession qu’il avait pour les livres. Et je le regrette encore aujourd’hui.

Adolescente, il fallait à tout prix que j’écrive des lettres pour exprimer mes sentiments à mes amants, car je n’étais pas quelqu’un de très loquace. J’étais taciturne et timide. Donc je devais tirer de mes souvenirs tout ce que j’ai lu pour former de belles phrases afin de séduire les jeunes garçons qui me plaisaient. Quand je suis arrivée à écrire de magnifiques lettres, mes admirateurs se multipliaient. Ils aimaient ma plume. Pas étonnant que j’aie eue beaucoup de succès auprès des hommes.

Quand j’ai rencontré l’homme qui est devenu mon mari aujourd’hui, il était si brillant que j’évitais de trop parler pour ne pas paraître moins intelligente. Ce fut un sacré challenge… J’ai connu des hommes intelligents, à un point tel que j’ai essayé de les ressembler. Ils étaient si doués. Si éveillés. Quand je les écoutais parler, j’ai compris que c’étaient les phrases-clés qu’ils trouvaient dans les livres qui servaient à leur jargon personnel. Alors je me suis mise à lire. Je me suis mise à dévorer les livres. Aujourd’hui, je me félicite du hasard qui m’a porté à aimer la lecture.

J’ai lu. J’ai beaucoup lu, à force que les livres m’ont charmé jusqu’à la moelle. Il fallait que je lise Mon Pays que Voici d’Anthony Phelps pour savoir que le noir était la couleur de la paix et que les Tainos appelaient Haïti le Pays des Cent Grottes. Il fallait que je mâche et que je digère ce livre pour apprécier ce poème.

J’ai bu du vin et de l’eau fraiche

J’ai bu ma part du gâteau de l’espoir

Maintenant que j’ai dit l’essentiel, je dois partir

Au point d’accouplement de la terre et du ciel

J’ai rendez-vous avec les roses

Pour assister à la naissance de l’amour.

Je devais lire Quartiers d’Oublis d’Emmanuel Jacquet, Hérodiane et Le sang et la mer de Gary Victor, Make Pa de Coutechève Lavoie Aupont, De l’Esprit des Lois de Montesquieu, des romans Harlequin, des romans photos, et tant d’autres livres encore pour attiser mon amour pour la lecture. Je me rappelle l’énergie dont je disposais après avoir lu le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir Vol. I J’ai su quel être magnifique que je suis. Que je ne saurais être le bien-meuble des hommes. Même étant mariée, je continue encore d’être libre. Simone de Beauvoir m’a appris à l’être grâce à la lecture. Et j’en suis extrêmement reconnaissante. Car les seuls moments où je me sens le plus vivante, c’est quand je feuillette un livre dans ma plus grande solitude et quand on m’offre une bonne baise. Voyez-vous ? Même le mot baise, je l’ai appris dans les livres.

Mon métier m’oblige à lire quotidiennement. Les dégoûts de la vie me contraignent encore plus à le faire. Ces lignes toujours vivantes qui servent d’amis, me sont toujours précieuses. Je continue encore de lire, car les pages que j’ai lues tant de fois ne m’ont pas encore dit tout ce qu’elles ont à me dire.

Aljany N. Zéphirin

@moijelis

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