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N° 003 - La photographie : quand les femmes dessinent avec la lumière

Peindre, dessiner ou écrire avec la lumière, telle est la photographie. Je ne sais pas si Gio était au courant. Ce n’est pas le genre de question que l’on pose à un photographe. Encore moins quand celui-ci est un collaborateur. Mais pour ma part, malgré tout l’intérêt que je porte à cet art, je l’ignorais. Et je suis certaine qu’en le signalant ici, j’ai appris quelque chose à la plupart d’entre vous. Si ce n’est pas le cas, tant pis. De toute façon, ce n’est pas ce qui va me gâcher le plaisir de vous présenter trois femmes exceptionnelles dans cette page d’intimi’thé pour avoir leurs empreintes dans le monde photographique qui autrefois, n’appartenait qu’aux hommes. Aussi belles que le jour. Beaucoup plus que lors de cet entretien, rendu fade par un ciel pleurnichant une chétive pluie qui a quand même mis en évidence la laideur des rues de Port-au-Prince, elles étaient là, toutes contentes d’être les personnages de ma prochaine histoire.

De gauche à droite: Edine Célestin, Fabienne Douce, Valérie Baeriswyl

De gauche à droite: Edine Célestin, Fabienne Douce, Valérie Baeriswyl

Édine Célestin, Fabienne Douce et Valérie Baeriswyl, en plus d’être toutes trois des photographes diablement passionnées, ont des voies qui se croisent régulièrement. Elles sont membres du Kolektif 2D, un groupement de photographes, de journalistes, de vidéastes et de graphistes qui évoluent dans le pays. Elles adorent voyager pour rencontrer des gens et découvrir de nouveaux paysages. Elles caressent ce même rêve de nous amener à porter un regard plus valorisant sur le métier de photographe et que les professionnel-les soient mieux rémunéré-es. Par ailleurs, elles ont toutes trois été, à différents moments de leur carrière, victimes de préjugés ou de remarques sexistes. Ce qui ne les empêche pas de vivre dans la plus profonde intimité, leurs propres histoires avec et par la caméra.  

Edine Célestin

Edine Célestin

Édine, la militante intrépide

Connaissez-vous cette fougue qui s’empare de nous et qui anime nos ardeurs d’adolescents ? Ce sentiment qui nous rend capable et disposés à changer le monde ? Il est suivi par les déceptions qui une à une le flétrissent comme un vent désagréablement chaud sur les pétales d’une fleur en plein bourgeonnement, pour l’amener à disparaître progressivement et laisser place à l’aigreur et à la résignation. Vous connaissez sûrement. Mais pour Édine, c’était un tantinet différent. Les déceptions de la vie ne sont pas venues à bout de sa détermination. Et la fille qui voulait valoriser la beauté d’Haïti et mettre en image ses espérances au changement a grandi. Elle est devenue une militante résolue qui vise l’entière extension des droits humains. On la voyait s’impliquer dans les combats féministes. Elle gagnait les rues pour réclamer le salaire minimum au bénéfice des ouvrières. Elle était très active dans la lutte des étudiants pour la transformation sociale.

Elle a dû abandonner sa formation en photographie en 2005 pour ses études universitaires. En 2011, elle a repris sa formation, mais cette fois dans une autre perspective : la photographie comme nouvel outil de militance.  Pour elle, la caméra est une arme redoutable qui l’accompagne quotidiennement dans sa lutte.

 Sur les réseaux sociaux, je ne publie jamais une image par hasard. La légende qui l’accompagne revendique ou dénonce toujours quelque chose. 

Image prise par Edine Célestin

Image prise par Edine Célestin

Image prise par Edine Célestin

Image prise par Edine Célestin

Elle nous confie qu’en tant que militante, elle ne fait pas un travail photographique qui peut être toujours inscrit dans une perspective de mouvement social, mais que cela fait partie de ses objectifs. Sur le terrain, c’est une battante. Elle s'approprie l’espace pour vivre cette liberté que lui concède la photographie, liberté qui lui permet d’exprimer ses émotions jusqu’à sa plus infime particularité, de la même manière qu’elle les capte dans l’essence de chaque objet photographié. Elle aime surtout quand ça chauffe. Quand les événements grouillent dans les entrailles du pays. Dans les manifestations, dans les broussailles politiques ou sur les ruines d’une catastrophe naturelle, elle est présente. Avec sa caméra, elle se fond dans les mouvements pour obtenir l’image qui fera sa fierté.

« Je me rappelle ce jour, après le cyclone Matthew à Jérémie, où tout le monde voulait avoir des images. Le challenge était rude et les conditions de travail mauvaises. Et j’ai pris cette photo qui a été pour moi la réussite d’une mise à l’épreuve. J’ai aimé ce moment. J’ai aimé ce que j’ai ressenti à ce moment-là et ce, malgré les mauvaises conditions de travail. »

C’est incontestable, la photographie occupe une place prépondérante dans la vie de la jeune journaliste. Elle en a conscience et en est heureuse. Et son vœu le plus cher, c’est d’atteindre ce niveau qui lui procurerait une reconnaissance internationale dans le monde photographique. Mais pas pour la simple satisfaction d’être populaire.

Je veux, avec la photographie, pouvoir imposer ma vision des choses au monde.

Fabienne Douce

Fabienne Douce

Fabienne, l’amoureuse passionnée

Toute jeune, sa curiosité l’a poussée vers la photographie. La chambre noire l’intriguait. Une image reportée sur un bout de papier la fascinait. Elle a commencé très tôt à prendre des cours, pour maîtriser la chose et satisfaire ses envies d’explorer les différents mystères de la lumière. Chaque coup de flash est un coup de foudre qui lui fait redécouvrir la beauté des choses sous une nouvelle dimension.

Pour Fabienne, chaque moment passé avec sa caméra est toujours une expérience agréable. Même si elle nous a raconté avec une ombre de tristesse cette fois qu’une cliente a douté de ses compétences parce qu’elle est une femme.

« C’était à l’occasion de la communion d’un enfant. Nous étions deux photographes invités à prendre des photos; l’autre était un homme. Au départ, elle ne savait pas que j'étais une femme. Quand j'ai commencé à travailler, elle a montré clairement que ma présence la dérangeait. Heureusement, j’ai fait du bon travail. Meilleur que celui de l’autre photographe. Elle m’a présenté des excuses plus tard. »

Image prise par Fabienne Douce

Image prise par Fabienne Douce

Image prise par Fabienne Douce

Image prise par Fabienne Douce

Image prise par Fabienne Douce

Image prise par Fabienne Douce

« Chaque moment est spécial, chaque photographie est unique, souligne-t-elle. » C’est d’ailleurs pour cette raison, d’après elle, qu’on ne peut pas avoir un point d’arrivée dans cette aventure. À chaque expérience sa singularité. On voudra toujours la renouveler, mais elle ne sera jamais pareille. Pour elle, sa caméra est son amour. Elle la rend indépendante et libre.

Valérie Baeriswyl

Valérie Baeriswyl

Valérie, l’incorrigible aventurière

Elle a eu son premier appareil à l’âge de 10 ans. Elle a donc commencé très tôt à développer sa passion pour la photographie. Cependant, elle a fait carrière pendant 10 ans comme documentaliste et bibliothécaire avant de se consacrer entièrement à sa passion. Elle a fait de sa caméra son alliée, un prétexte qui lui permet de voyager un peu partout dans le monde, pour aller à la rencontre de l’autre. C’est ce qu’elle aime, croiser un regard, recueillir un sourire, saisir une expression. Parce qu’elle aime les gens. Dans son porte-folio, on retrouve souvent des portraits, des photographies avec des tons de gris bleuté qui les rendent magnifiques.

Valérie est une jeune photojournaliste de Suisse qui est venue en Haïti en 2014 dans le cadre de projets de reportages. Elle a affectionné le pays, y est restée un moment, peut-être plus longtemps qu’elle n'avait prévu. Elle a intégré le Kolektif 2D et travaillé sur plusieurs projets avec les autres photographes du groupe et parallèlement a réalisé des travaux personnels.

 

Image prise par Valérie Baeriswyl

Image prise par Valérie Baeriswyl

Image prise par Valérie Baeriswyl

Image prise par Valérie Baeriswyl

Son grand rêve est de réaliser le reportage qui serait puissant, aurait assez d'impact pour changer les choses. Quand cela  arrivera, je voudrais la rencontrer, peut-être à l'autre bout du monde pour qu'elle se raconte. Je serais trop heureuse de partager cette autre histoire avec les lectrices et les lecteurs de l'intimi'thé

Pour finir... Pourquoi continuer de parler quand on peut terminer l'histoire avec une image qui vaudrait mille mots ?

Les trois photographes et Manzè Da

Les trois photographes et Manzè Da

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