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N° 004 - Edwige Adesca, quand la mode devient un mode… de vie

Edwige Adesca

Edwige Adesca

Dix ! Mes amis, elle voudrait en avoir dix ! Quand je pense à tout ce que ça demande comme investissement en temps, énergies, tout le travail à réaliser et les dépenses que cela implique. Elle en veut dix ! Moi, je les adore, je vous jure, mais j’hésite encore à en avoir un. Elle est prête à en avoir dix ! Elle est d’une gentillesse surprenante. Nous avons causé pendant deux heures. Son histoire est fascinante, j’ai aimé l’écouter me la raconter. Et je prends beaucoup de plaisir à la partager avec vous dans les pages d’Intimi’thé. Mais je ne peux pas vous cacher comment j’ai été abasourdie de savoir qu’elle voudrait avoir dix enfants. Comme elle est designer, modéliste, je pensais que c’était pour faire une agence de mannequinat genre Adesca’s Ten, ou avoir une famille Jackson dans la mode en Haïti. Mais non, c’est surtout pour revivre ces moments où elle vivait en famille et que les enfants qui venaient passer les vacances chez sa mère la submergeaient d’un amour euphorique. 

« Les enfants ont toujours fait mon bonheur et ces moments restent mes plus beaux souvenirs. » 

Elle voudrait pouvoir renouveler ces instants avec ses propres enfants. Mais Edwige n’est pas notre invitée dans ce numéro d’Intimi’thé pour ses attachements aux enfants. J’aurais voulu attirer son attention sur ces petits détails sans importance comme : avoir dix enfants veut dire dix grossesses de neuf mois, les nausées, les transformations du corps, les douleurs des accouchements, les couches, les crises des enfants. Mais c’est d’abord son travail dans la mode qui m’a attirée. 

La mode, un art inspiré par les arts et qui inspire les arts. Comment ne pas avoir envie d’y consacrer quelques lignes. Alors, parlons vêtements !     

Quand on passe en revue la représentation de l’image féminine (et masculine) dans les arts ou la littérature, ou encore l’habillement dans les médias ; on voit clairement que les vêtements sont plus symboliques dans leurs fonctions que toute autre chose. Dans les portraits, dans la peinture d’histoire, comme dans la littérature d’ailleurs, on peut retracer les modes vestimentaires de certaines époques et interpréter selon le tissu, le modèle et les couleurs, le statut social d’un personnage. Parfois, l’artiste, plus coquin qu’historien préfère enlever sur sa toile, tout tissu sur le personnage et laisser parler le nu. Mais ne nous laissons pas distraire. Parlons des vêtements qui, sous l’influence agressive de la mode, perdent de plus en plus leur rôle de protection du corps. On ne porte pas les vêtements pour couvrir, mais pour se montrer. Pour montrer ses appartenances sociales et culturelles. Et ce, depuis des lustres. Vous souvenez-vous du conte d'Hans Christian Andersen, Les Habits neufs de l’empereur ? Le désir de l’empereur de se distinguer par de beaux habits neufs était tellement intense, qu’il s’est retrouvé à pavaner nu en public. De nos jours, avec la mode, les vêtements sont devenus des œuvres d’art ; ceux qui manient les ciseaux, des artistes et nous, qui portons les vêtements, le complément qui finit l’œuvre. 

Edwige Adesca portant sa propre création.

Edwige Adesca portant sa propre création.

Collection Magnificence, première apparition le 29 décembre 2016, dans le Rendez-vous Model. Les vêtements de cette collection sont faits de tissus volga blanc, un voile de mousseline, de peinture.

Collection Magnificence, première apparition le 29 décembre 2016, dans le Rendez-vous Model. Les vêtements de cette collection sont faits de tissus volga blanc, un voile de mousseline, de peinture.

Pour présenter l’artiste, Edwige Adesca est une modéliste qui s’investit pleinement dans sa passion : la couture. Elle a fêté son 35e  anniversaire le 7 août dernier, et cela fait plus de 15 ans qu’elle enrichit le monde de la mode avec ses créations. 

sa toute première collection ‘‘Rouge Passion’’ présentée à l’évènement Musiques en folie, en novembre 2009.

sa toute première collection ‘‘Rouge Passion’’ présentée à l’évènement Musiques en folie, en novembre 2009.

Elle n’a pas toujours eu conscience de cet attrait pour la couture. Même si, enfant, elle prenait plaisir à transformer les robes que sa mère lui achetait, passait son temps à dessiner dans ses cahiers pendant les heures de classe, aimait confectionner des vêtements pour ses poupées, elle rêvait souvent à d’autres métiers. À l’architecture, principalement. Mais la couture devenait de plus en plus présente dans sa vie. 

« Une de mes cousines apprenait à coudre. C’est elle qui prenait les cours mais c’est moi qui faisais les devoirs de maison. »

Après les études classiques, avec la tristesse de décevoir ses parents qui s’attendaient à ce qu’elle opte pour la médecine, l’agronomie ou le droit, elle leur annonce qu’elle s’est inscrite dans une école de couture. Elle a passé trois ans à Vérona Couture, où elle a étudié la haute couture et appris à confectionner des accessoires vestimentaires : des sacs-à-main, des bijoux, des sandales, etc.

Dans ses créations, quand elle ne les personnalise pas avec un coup de pinceau, elle aime mélanger différents tissus pour trouver l’arrangement qui donnera la touche originale à son œuvre. En plus de les confectionner avec amour, avec soin.

Collection  « Empreinte », mélange de lin blanc et de jute.

Collection « Empreinte », mélange de lin blanc et de jute.

Collection « Madras Haïti », mélange de lin, de carabella et de madras.

Collection « Madras Haïti », mélange de lin, de carabella et de madras.

Le milieu de la mode n’est pas toujours aussi fashion qu’il en a l’air. Pour une jeune femme comme Edwige, c’est, un chemin plein d’embûches qu’elle n’aurait pas traversé sans courage et détermination. Quelle que soit la situation à laquelle elle est confrontée, elle ne se donne qu’une option : continuer d’avancer. Elle a déjà été trahie par des collaborateurs. L’un d’eux a même tenté de ternir sa réputation auprès de ses proches. Elle se fait harceler continuellement par des hommes pour ses mannequins.

« Ce sont des hommes âgés, certains d’entre eux sont mariés et très respectés, mais qui refusent de faire la différence entre responsable d’une agence de mannequinat et un proxénète. »

Dans sa carrière, elle a rencontré des difficultés qui auraient pu lui faire baisser les bras. Cela aurait pu se faire si la couture n’était qu’un métier qu’elle exerce. Mais pour elle, c’est tellement plus que ça. C’est une véritable passion. Tous ses projets tournent autour de la mode. Elle se plie aux exigences du métier. Elle vit pour et par lui. Bon, cela changera quand elle aura ses dix enfants, mais pour le moment, la mode est son mode de vie.

 

Collection de lingerie "Inspiration érotique", dernier travail de l'artiste présente au Standard Fashion Show, 26 août 2017 à Le Villate.

Collection de lingerie "Inspiration érotique", dernier travail de l'artiste présente au Standard Fashion Show, 26 août 2017 à Le Villate.

Pour parler de mode ou de vêtements en Haïti, on ne peut pas manquer d’exposer le fait que nous avons été un peuple colonisé. Et le Code Noir stipulait que les maîtres étaient tenus de fournir à chaque esclave, pour chacun par année, deux habits de toile, ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres. Les Africains réduits en esclavages étaient nus, ou quasiment. Quand la mode commençait à faire couler de l’encre dans les médias au 18e siècle, nos ancêtres étaient contraints d’abandonner leurs traditions, leurs cultures vestimentaires pour vivre sous l’effet de la mode esclavagiste imposé par les « maîtres ». Mais ce temps est révolu. Nous avons aujourd’hui des créateurs qui font la promotion d’un style créole, pas nécessairement influencé par la mode occidentale. Nous constatons même, un désir de retour aux sources qui s’exprime depuis un certain temps par le port du wax, un tissu de coton typiquement africain. 

Présentation de la collection Racine Africa, apparue sur scène pour la première fois à l’Hôtel Oasis le 26 mai 2017  avec les mannequins de Fashion Model Look d’Edwige Adesca.

Présentation de la collection Racine Africa, apparue sur scène pour la première fois à l’Hôtel Oasis le 26 mai 2017 avec les mannequins de Fashion Model Look d’Edwige Adesca.

Les vêtements de cette collection son faits d’un mélange de tissu africain  et d’autres tissus.

Les vêtements de cette collection son faits d’un mélange de tissu africain et d’autres tissus.

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