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N° 035 – Je lis... pour ne pas délirer

Lineau Louis – Si je dis que les livres, quels qu’ils sont, sont un vrai trésor, certainement je ne délire pas. C’est presqu’une seconde nature chez moi de toujours vérifier que ce que je dis est correct et exempt d’incohérence. En fait, je traine cette sorte de purisme depuis mon jeune âge. A la maison déjà, mon oncle qui surveillait mes études était très pointilleux et mes pairs élèves voyaient en moi un leader. Pour ne déplaire ni à celui-ci ni à ceux-là j’ai pris l’habitude de lire.

 

Rien qu’à évoquer le souvenir de mon oncle, je le revois qui me gronde pour avoir mal employé tel nom, tel pronom, tel verbe ou pour avoir mal prononcé tel mot. Je me rappelle particulièrement cette fois où je l’ai accompagné au stade Sylvio Cator pour un match alors que je devais être en 2e année fondamentale. M’ennuyant un peu, je lui ai demandé tout haut : « combien de minioutes il restait à jouer », ce qui ne manqua d’amuser le gaillard d’à coté. Cinquante fois. Oui, cinquante fois il m’a fait répéter le mot ‘‘minute’’ aussitôt que je fus rentré.   Depuis, je me suis plongé dans les livres pour découvrir les mots et enrichir mon vocabulaire. Ainsi, je gagnais en assurance au fur et à mesure.

 

Comme si l’oppression de mon oncle ne suffisait pas – bien qu’elle m’ait été bénéfique – mes amis, par un consensus tacite, ont fait de moi celui devait tout savoir. Là encore, je n’ai eu d’autre recours que les livres. Ce serait gênant et peu enviable de déconner devant toute une meute qui a placé sa confiance en vous ! J’étais donc devenu un vrai rat de bibliothèque, de la bibliothèque de l’Institut Français d’Haïti précisément. Tel un pèlerin, j’ai couru après cet établissement à travers ses différentes adresses à Port-au-Prince : de la cité de l’exposition du bicentenaire en passant par la rue Capois pour aboutir au Bois-Verna. Sans me lasser, j’y allais religieusement au moins une fois par semaine. Les romans les essais, les BD, les revues, les encyclopédies et catalogues suffisaient à peine pour étancher ma soif. Au final, mes lectures m’ont procuré à profusion le mot correct, l’idée juste ou le commentaire utile, bref l’aplomb qu’il faut pour prendre la parole en toute quiétude.

 

Mais peut-on lire pour une seule et même raison ? M’était-il possible de ne lire que pour la seule raison que je me suis donnée ? Prétendre pareille chose serait mal connaitre l’attrait de la lecture sur les esprits et le pouvoir de séduction des auteurs. Le plaisir de lire pour lire m’a capté en deux temps, trois mouvements. Un René Depestre, Un Jacques Stephen Alexis, Une Margaret Papillon ou une Barbara Bastien m’ont rapidement conquis. Les monographies et travaux de recherche sur l’histoire nationale sont pour moi autant des objets d’étude que des passe-temps. Quand je lis une version la Bible ou tout Texte sacré, j’ai la certitude d’être transposé dans une dimension que la raison seule ne saurait expliquer. Il devenait de plus en plus clair pour moi que l’acte de lire ne saurait se rapporter à une seule et unique motivation, que le lecteur en ait conscience ou pas.

 

De là, le sujet qui lit peut toujours se donner une ou des raisons pour poser l’acte de lecture.  Une fois qu’on s’y adonne, on n’est plus maitre de soi dans l’aventure entrainante que constitue l’univers des livres. Si au départ je ne lisais que pour dompter les mots, quérir des idées et avoir un verbe facile, je me suis vite rendu compte que le livre m’avait conquis sans forcer. Cela dit, je me contente d’être – comme pour paraphraser l’immortel Dany Laferrière – un Lecteur.  Somme toute, je lis… pour ne pas délirer et tout le reste m’est donné par surcroit.

 

Lineau Louis

Educateur / Lecteur

@Moijelis

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