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N°042 - Je lis...

Tinèg (Junior Albert AUGUSMA)

Tinèg (Junior Albert AUGUSMA)

Je lis pour rendre invisible le réel nauséabond, pour planer au-dessus de cette marée humaine, de problèmes faite, qui rend l’existence digne d’une tragédie chinoise. Mon livre en main, j’affûte mes yeux pour tuer le temps qui me nargue et me rappelle que je ne suis encore rien et que, sur son dos, mes heures sont comptées. S’enterrer dans un cimetière de mots, ou un sanctuaire, je ne sais trop, c’est disposer de sa lucidité, de sa rage, de sa quintessence de voyageur. Et le voyage conduit partout, et nulle part, cela importe peu. Mais l’important, c’est de surplomber le temps, les autres. Les laisser seuls à vivoter dans ce Styx qu’est le quotidien.

Des mots pour suppléer la bouteille ou le cylindre de la mort ; pour allaiter le rêve d’un Nègre noctambule. Pourquoi je lis? Parfois je le fais parce qu’il le faut, parce qu’il faut mutiler la solitude. Je lis pour ne jamais être seul face à moi-même. Je lis donc par lâcheté. Mais j’y prends goût. C’est comme faire l’amour, se masturber ; une activité orgasmique. Je dirais même métaphysique car elle ne fait pas que réduire la limite entre passé et présent. Elle conduit l’homme, selon moi, vers la seule paix connue des nous autres passagers, au même titre que la musique, la peinture… bien sûr. Je lis aussi pour avoir des modèles à suivre (sans pastiche aucun) quand je me lance dans le noble art qu’est l’écriture, afin de mettre ma plume au service de mes fantasmes. De mes désirs inavoués et inassouvis.

Je lis également parce que ma chère mère m’a toujours dit que les livres forgeaient les hommes et que c’était aussi un moyen sûr de gagner mon pain plus aisément qu’elle. Elle qui a toujours trimé sous le poids de la vie, des responsabilités.

Je lis pour faire la guerre au silence, lui qui me fait ruminer que je suis orphelin d’amis, de certains, et d’amour. Je lis pour fusiller mes idées de suicide, mes déboires, mon chagrin. Ainsi que des pensées plus noires que les tréfonds de l’âme d’un politicien.  Je lis pour duper l’ennui quand la nuit trahit mon sommeil. Mais l’une des raisons principales, c’est pour alimenter mon ego gigantesque, pour le rendre encore plus gros. Pour me sentir Nègre dans toutes mes fibres. Je lis parce que je sais lire, et pour tous ceux qui ne savent pas lire et écrire. Je les plains et je regarde la chance que j’ai ; j’en ai honte parfois. Mais est-ce de ma faute ?

Je lis pour exister dans un darwinisme social qui n’est que trop criant. Je lis donc pour avoir mon mot dans ce monde du verbe, et des armes.

  

Tinèg (Junior Albert AUGUSMA)

@moijelis

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