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Comme une tâche d'huile sur la toile...

Comme une tâche d'huile sur la toile...

Se plaindre, se démener pour oublier les sillons que les larmes ont tracés comme des nuées sur nos joues ; ne rien garder, que des désillusions au compte-goutte qui ne sont rien devant la publication de ses nudes sur internet à la suite d’une rupture. Impossible, après avoir vu sans le vouloir toute son architecture corporelle se révéler aux regards inconnus et se consoler ensuite. C’est une tache d’huile presque impossible à effacer !  À cause de mon refus de continuer avec Ducas, il a trouvé un horrible moyen de me tuer à petit feu. Me publier comme une pornstar. Si cette histoire, dégoûtante à souhait, me bouleverse tel un deuil, c’est parce qu’elle est restée là, tenace, comme une tache d'huile sur la toile et dans mon subconscient. Tant par sa nocivité que par les séquelles qu’elle a tatouées dans mon estime. Sous sa forme la moins incommode et surréelle. Mon corps est bel et bien offert comme une bête en pâture, indiscrètement soumis aux regards frêles, complaisants, attristés ; aux regards repus de ma silhouette, dégoûtés et je ne sais quoi encore !

Ducas était ce garçon long et tranquille, à la manière d'un fleuve. Je pouvais sentir son magnétisme mélangé à sa nonchalance, à des kilomètres au loin me guider vers son sexe élevé, toujours dans un coin qui pouvait devenir une alcôve de circonstance. On aimait la vie, se lover, s'aimer...Il avait toutefois ce rire bête qui ôtait un peu de son charme, sinon, il était comme ces garçons entêtés dans les films américains. J'étais heureuse qu'il m'ait choisie parmi Samantha, Gaëlle et Rosie qui lui avaient toutes les trois envoyé des lettres les unes plus enflammées que d'autres. Et lui qui répétait, mais sous notre bête admiration, cette phrase qu'on avait prise pour une sentence de première :  « Mwen pa janm renmen ak fi ki koze ak mwen non mwen menm ! » Qu'étions-nous d'ailleurs pour le choisir ?

Quand j'ai fait la connaissance de Ducas et de sa clique d'amis, mon téléphone portable s'est transformé immédiatement en un jardin secret, regorgeant de photos avec des poses incongrues, que je lui envoyais, sur demande. Je m'habituais à agir à la Naomi Campbell, pas pour l'argent mais pour un motif que je crois plus grand, le fol amour ! L'amour qui fait de la raison une ennemie de longue date et de toujours ! Ce n'était pas forcement pour les besoins de se sentir sexy mais c'était surtout pour plaire à ce cher Ducas ! « Tu lui as finalement envoyé tes hot pics ? » « Mais- niaisement- bien sûr !  répondis-je à Manuela, ma meilleure amie. Et pourquoi pas ! » C'était le nœud gordien de nos conversations entre mes copines et moi... À l'air du temps. Des morceaux de seins, un entrecuisse bien charnu, des lèvres qui malgré le maquillage ne demandaient qu'à être embrassées, embrassées encore ! Je les envoyais exprès avec un hiatus entre les deux qui suggérait : Prends ces lèvres ! Prends tout mon corps ! Ce corps a besoin d'amour ! Ce corps est à toi ! Maintenant prends-le sur ton tel, utilise-le à toutes les fins possibles et utiles ... Je me rappelle une fois, il m'avait demandé cette photo où mon visage devait orner le tout, parachever les morceaux de corps que je partageais avec lui ! Il me tenait la dragée haute. C'était son anniversaire. Et il m'avait demandé deux photos, une avec mon doigt à l'entrée de mon mont de Vénus et l'autre dans une pose lascive. Manuella n'avait pas vu d'inconvénient puisque nous étions follement amoureux, nous aimions tous deux la vie ! Nous ne misions pas sur le temps ! Nous n'essayions jamais d'apprivoiser le temps ! Nous le prenions au goulot ; nous nous faisions réciproquement plaisir sans aucun inconvénient...

 

Mais un jour, au détour de Delmas 32, j'avais aperçu Ducas avec une autre fille et je lui ai crié dans une ire rageuse : « C'est bel et bien fini entre nous ! » Je n’avais pas d’autres mots qui me venaient en tête, rien d’autre. Je tournais comme une toupie, pourtant j’étais en place tellement ma tête était devenue le réservoir de « spasmes » rugueux qui s’entrechoquaient. Lui passer une gifle ? Non ! Oh que non ! Bien qu’enflammés, mes nerfs ne répondraient jamais à une telle insolence ! Je l’ai attiré vers moi, happant sa main, tentant de l’éloigner par la force de la fille qui l’accompagnait.   Et là,  «Ti Bouzen ! » me martelait-il. Je ne me suis jamais comportée comme une fille aux mœurs dissolues. Et qu’est-ce que cela veut bien dire ? Les femmes et les filles n’ont- elles pas le droit d’avoir une sexualité active ? Je n'ai pas su me reconnaitre entre cette montagne d'injures et les menaces qui ont duré plus d'une semaine en vue de m’empêcher de le quitter. Mais les nudes étaient entre ses mains. Quel usage en fera-t-il me suis-je questionnée sans répit ? J’étais en proie à un grand malaise.

Doudou... Chouchou, de ces mots qui résonnaient sur ma peau d'ébène comme une caresse, de surcroît en Amérique chaude ne sont plus, n'auront plus la même résonnance.   Mais, ils me picotent désormais telle une grattelle ou pire, une démangeaison, car ils ont changé d'adresse et d’écho au risque de me faire perdre confiance en moi. « Ti Piten » ? S'il faut revenir à cette histoire, ce sera toujours avec un torrent de larmes, un visage blême, des yeux révulsés, un cœur blessé ; elle prendra sûrement et bêtement la forme moralisante que je ne voudrais pas mais Hélas ! Sinon, avec un peu de retenue, dans ma tête d'adolescente, son corps serait encore là, frémissant contre le mien, nos corps seraient enlacés comme deux doigts... L'amour avait mille raisons de s'immiscer entre nous, lui, beau, long et tranquille. Dans nos corps, comme dans nos cœurs…

Si ce sont des regrets qui constituent mon lot dans cette histoire, je ne sais quoi penser de mon attitude à l'époque. Même si quelque part dans ma tête c’était clair. Je ne suis coupable de rien. Je suis maîtresse de mon corps, j’en fais ce que je veux. Pourtant je suis tourmentée. Je pouvais user de mon imaginaire, lui faire un poème, lui proposer une promenade dans un lieu tranquille, bien que ce serait un casse-tête dans cette Port-au-Prince de tohu-bohu. Je pouvais lui faire un cadeau à ma façon. Mais non ! Entre céder aux caprices de l'autre et les sacrifices faits par amour, la frontière est souvent étanche... Et autant que je le regrette, les vues de mes nudes n'auront pas cessé pour autant d'augmenter pour avoir voulu, rien qu'un instant, lui dire je ne veux plus de lui. Notre attitude dans une histoire d'amour peut faire autant de mal que de bien. Je n'avais pas pensé à moi un instant, à comment je me verrais 3 ans plus tard dans de telles poses. Et toujours, je ne misais sur le temps me disais-je, chaque parcelle de vie, je la saisissais à chaque demi-seconde !  Mais toutefois, une partie de mon être reste en fuite, sans contretemps...

 

Jeanne-Elsa Chéry

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